Kaamelott : Perceval, le fils qu’Arthur n’a jamais eu ?

Aux fans de Kaamelott, on ne présente plus Perceval. Après le roi Arthur, il est l’un des protagonistes les plus appréciés. Entre les deux personnages, une relation unique se noue, d’une intensité et d’une complexité peu communes dans la série qui mêle adroitement humour, amour et drame.

Kaamelott compte des personnages plus singuliers les uns que les autres. Sans chercher à être drôles, la plupart d’entre eux sont juste « cons ». Et question connerie, Perceval devrait être « considéré en tant que tel ». Rappelons par exemple qu’il n’est même pas capable de se présenter sans se tromper dans son nom (épisode Le chevalier mystère). Il est aussi l’interprète, avec Karadoc, des répliques cultes de la série telles que « C’est pas faux » et « On en a gros ».

Pourtant, sa relation avec le roi Arthur est une des plus travaillées par Alexandre Astier, le créateur de la série. Une relation qui trouve son point d’équilibre à la fois dans les différences des personnages, mais aussi dans leurs rares points communs.

Réalité du pouvoir

D’un côté, il y a un roi, qui porte le poids de la quête du Graal sur ses épaules : quand ça n’avance pas, c’est sur lui que cela retombe. Il est casé avec une femme qu’il n’aime pas voire le dégoûte. Se coltine un beau-père grand amateur de torture. Un bras droit qui le jalouse. Un druide incapable. Un neveu avec un poil géant dans la main. Bref, des bras cassés ou des boulets, même s’ils ne sont pas totalement dépourvus de qualités et qu’Arthur n’est pas sans défauts lui non plus (brusquerie, mensonges, manque de considération…).

Le roi doit s’occuper de tout un pays avant sa personne et fait de nombreux sacrifices personnels au profit de Kaamelott. Sa tentative de sortir de ce schéma, en laissant notamment Guenièvre aux mains de Lancelot et en choisissant d’épouser Mevanwi, s’achèvera par un dur retour à la réalité. Retour si difficile qu’il saisira la première porte de sortie qui se présentera : laisser l’épée replantée dans le rocher.

le tourment ii
Perceval est le seul chevalier avec qui Arthur déjeune en tête à tête.

Arthur, pourtant, n’est pas totalement déconnecté de « l’enfant » qui est en lui. C’est même cela qui le sauve, lui qui « a facilement tendance à la dépression » comme il le dit dans l’épisode Unagi II du Livre II. Dans Le monde d’Arthur, on voit ses incartades dans le monde de l’imaginaire, par exemple lorsqu’il  reconstitue toute une bataille avec la nourriture de son dîner. Des incartades d’ailleurs mal perçues, par Merlin par exemple qui ne comprend pas ses divagations avec son bout de pain qui parle. L’un de ses « délires » est bien accueilli : celui de la bataille de fromage de chèvre trop frais dans la salle d’armes… avec Karadoc et Perceval.

Rêve d’amour

Perceval qui, au regard de ses faits d’armes, n’a de chevalier que le titre – et encore, il n’est peut-être pas adoubé, comme nous l’évoquerons plus loin. Sur le champ de bataille, il est même un expert de la « technique du rebrousse-chemin ».

À l’inverse d’Arthur, ses incartades ne sont pas vers le monde de l’enfance, mais vers celui des responsabilités. Il aura beau (parfois) tenter de remédier à sa parfaite nullité en matière d’héroïsme en se lançant dans des quêtes, et faire preuve de temps en temps d’un courage se rapprochant plus d’une inconscience face au danger, ses tentatives se soldent toutes par des échecs. Même lorsqu’il réussit enfin à rapporter un objet dans la salle des coffres, en s’assurant bien qu’Arthur le voit le déposer et en soit fier, il fait disparaître l’intégralité du trésor du royaume…

Le reste de son temps est partagé entre jeu, beuveries et rêverie. Dans une interview vidéo récemment accordée à Binge, Alexandre Astier, le créateur de la série, admet lui-même que Perceval, a « la maturité d’un enfant de dix ans ». Son plus grand rêve, utopique, est d’aller dans l’espace pour voir les étoiles de plus près.

Cependant, si Perceval peut paraître stupide, il prouve à de nombreuses reprises qu’il ne l’est pas tant que ça sur certains aspects. Outre son don pour le calcul et les règles de jeux incompréhensibles, il possède des qualités de cœur. La fidélité brute pour Arthur, notamment, dénuée d’ambition[1] ; et un amour sincère. « Mais moi, j’m’en fous des honneurs, rien à péter, le Graal aussi, rien à péter. Moi, c’est Arthur qui compte. Moi je suis pas un as de la stratégie ou du tir à l’arc, mais je peux me vanter de savoir ce que c’est que d’aimer quelqu’un », avouera-t-il à la prostituée louée à Venec, en parlant de son roi. Des valeurs chevaleresques par excellence, que l’on ne trouve chez aucun autre personnage. Lancelot, fidèle et bien sous tous rapports en apparence, finit dévoré par sa jalousie et son ambition.

Deux profils qui se complètent…

La rencontre de ces deux profils crée une relation unique dans la série, et cela est explicitement montré. Arthur perçoit l’ingénuité enfantine chez son ministre, comme on le comprend dans l’épisode La conscience d’Arthur, où il évoque la peur de Perceval d’être abandonné. Perceval est le seul avec qui il déjeune seul à seul, même s’il sait qu’il va finir par le regretter. Il prend le temps (pour quelques minutes en tout cas) de lui expliquer certains termes, de l’aider à améliorer ses récits de quête (jamais une grande réussite malgré toutes les bonnes volontés du monde). La mort de Perceval, annoncée par erreur, le marque profondément puis lui redonne la foi (Always).

« Perceval, lui, ne veut qu’une chose : paraître moins bête voire l’être moins, aux yeux d’Arthur. S’il entreprend toutes ces quêtes, c’est pour contenter son souverain. Il essaye de sortir de grands mots, de belles phrases pour l’impressionner »

Une des scènes les plus marquantes est probablement celle de l’épisode La vie est belle du Livre IV. Arthur insiste, Perceval a FORCÉMENT été adoubé puisqu’il est chevalier. Perceval ne démord pas, il ne l’est pas. « De toute façon, l’autre fois je vous ai re-adoubé » s’agace le souverain. Puis vient le moment où il raconte qu’il sait simplement qu’il doit se sacrifier pour son roi, que s’ils tombent dans une embuscade, mieux vaudrait qu’il y passe plutôt qu’Arthur. Ce dernier tape du poing sur la table : « Si jamais on tombe dans une embuscade, vous vous barrez en courant. C’est clair ? ».

Perceval, lui, ne veut qu’une chose : paraître moins bête voire l’être moins, aux yeux d’Arthur. S’il entreprend toutes ces quêtes, c’est pour contenter son souverain. Il essaye de sortir de grands mots, de belles phrases pour l’impressionner. Bon, ça foire à chaque fois… mais il essaye – même si Arthur le priera d’arrêter « d’essayer de dire des trucs ». Parce qu’il l’aime, Arthur, et il lui dit carrément dans l’épisode Le tourment II[2]. A tel point que cela vient à mettre à mal le duo iconique formé avec Karadoc. Dans le film final, en effet, Perceval s’enferme dans un tonneau parce qu’il s’est mis en bande avec « un gros faisan ». La raison ? Arthur a replanté l’épée dans la pierre et Karadoc veut tenter de la retirer et Perceval le prend comme un affront.

destin
Excalibur s’illumine au contact d’Arthur mais également de Perceval.

L’amour est donc présent des deux côtés. Un amour qui, parfois, prend des airs de relation filiale : Arthur protecteur, qui tente de lui apprendre des rudiments, qui finit par pardonner les écarts ; Perceval admiratif et dévoué, qui cherche à tout prix à lui plaire voire à lui ressembler. D’un côté, l’un tend à faire de l’autre un adulte afin qu’il puisse avancer dans son quotidien, prendre des responsabilités ; l’autre cherche une approbation, en mimant Arthur et aussi en lui posant des questions.

Or, on sait à quel point être père devient une obsession déchirante pour Arthur. Trouve-t-il en Perceval l’écho d’un fils ? Une possibilité convaincante mais qui pourrait toutefois être réductrice.

… mais ne se rejoignent pas

Car Arthur pourrait tout simplement trouver en son ministre cette innocence que lui n’a pas ou plus.  Les moments partagés poussent certes Perceval à se remettre en question, mais permettent au souverain de sortir de sa fonction.

Le roi trouve également en lui, en quelques occasions, un interlocuteur qui égale ses capacités de réflexions : lorsqu’ils abordent des sujets qui vont au-delà du quotidien au château. Le concept d’amour, certes, mais aussi des thèmes philosophiques comme la place de l’homme dans l’univers, lorsque le chevalier évoque l’espace, par exemple[3]. Aussi, dans l’épisode L’inspiration à la fin du Livre IV, le roi trouve son chevalier au bord du lac magique, une canne à pêche entre les mains. Canne à pêche sans hameçon. Perceval explique que c’est pour faire comme Arthur, essayer de comprendre le Graal, la Table ronde… : « J’ai l’impression de faire partie d’un tout. Moi, le caillou, le fil, le lac, le ciel […] En fait, la canne, ça sert à rien. Donc ça nous renvoie à notre propre utilité : l’Homme, face à l’absurde ». Un raisonnement que l’on prêterait difficilement aux autres personnages, qui ne voient pas plus loin que les besoins du royaume ou que leurs désirs personnels.

« J’ai l’impression de faire partie d’un tout. Moi, le caillou, le fil, le lac, le ciel […] En fait, la canne, ça sert à rien. Donc ça nous renvoie à notre propre utilité : l’Homme, face à l’absurde » (Perceval)

Il y a malgré tout un point de rupture entre eux. Perceval ne peut pas combler entièrement le manque d’Arthur, qui partira en quête de ses éventuels enfants illégitimes. Il faut aussi prendre en considération qu’Arthur et Perceval sont les deux seuls à avoir un « destin exceptionnel », et que seul Arthur sait que Perceval va accomplir de grandes choses (Excalibur et le Destin). Plus grandes que lui, même ! Ce qui peut contribuer à établir entre eux un lien particulier de reconnaissance. Perceval, également, tout en restant dévoué à Arthur, choisit de fonder un clan autonome avec Karadoc.

L’épisode final Le rêve d’Arthur, dans lequel Perceval retrouve Arthur très affaibli à la suite de sa tentative de suicide, peut être analysé d’autant de manières qu’il y a de spectateurs. Il est néanmoins un beau résumé de la relation entre les deux personnages. L’ex-roi raconte à son ancien chevalier un rêve marquant, symbolique mais néanmoins sombre. À propos du Graal et de sa tentative de suicide. Perceval écoute en silence. À la fin du récit, il répond : « C’est vraiment chouette comme rêve. Moi l’autre nuit j’ai rêvé que Karadoc avait des pinces […] Comme un crabe […] Il me pinçait le ménisque. »

Arthur, assis dans l’ombre, sur son lit, reste spirituel, érudit, las ; Perceval, qui se tient dans la lumière, est lui naïf et simple. Ce dernier cherche à nouveau des réponses :
« – Comparés aux vôtres ils sont pourris mes rêves ou pas ?
– Les rêves, ça se compare pas. »

Arthur se rallonge sur sa couche. Perceval remet en place les couvertures. Comme un parent le ferait pour son enfant. Ou comme un enfant, devenu adulte, ferait pour un vieux parent.


Notes :
[1] Bohort également est très fidèle et dévoué à Arthur
[2] Arthur lui dit également « Je vous aime » dans cet épisode, après lui avoir avoué : « Arrivé au milieu du repas, j’ai toujours envie de vous éclater le crâne avec le tranchant de la coupe »
[3] Un clin d’œil pour le penchant inné de Perceval pour la philosophie est fait dans l’épisode 12 du livre III, La Poétique, lorsqu’il confirme à Arthur savoir qui est Aristote, alors qu’il ne sait pas lire et n’a donc pas lu, entre autre, La Poétique.

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