Dans la famille de LREM, je demande…

La République en Marche est une grande famille. Une grande famille qui se serre les coudes dans les coups durs, soucieuse de préserver son unité face aux ignobles déstabilisateurs et de maintenir le cap dans les tempêtes. Et comme dans toute grande famille, elle aime couvrir les petits et grands pêchés de ses membres, les magouilles en tout genre, voire même à les défendre. Dans la famille de la République en Marche, je demande tout d’abord l’oncle. Il s’appelle Richard et a 56 ans. Brun, propre sur lui, visage de « monsieur tout le monde », autrement dit de monsieur personne, il vient d’obtenir un poste à responsabilité : président de l’Assemblée Nationale.

Le miracle d’une famille unie est de fermer les yeux et même d’être soudainement frappée d’amnésie ou victime d’un Alzheimer précoce. Le passif de Richard, accusé de prise illégale d’intérêt dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne et d’avoir organisé un montage financier en 2011 avec sa femme a vite été oublié. Tonton est un magicien, qui a su faire oublier son bidouillage juridique et qui a obtenu, avec 254 voix sur 484, une place que bien d’autres lui envieraient. Tonton est tellement prévenant et sensible qu’il s’excuse même de ne pas être une femme. Un vrai clown. Le même qu’on retrouve aux repas de famille et qui nous donne envie d’aller nous cacher dans un terrier. Ou de nous indigner. Car il est vrai que le rétropédalage de Yaël Braun-Pivet, qui voulait se présenter contre lui, a été spectaculaire. Bref, l’oncle est celui dont on ne fait pas grand cas mais qu’on soutient parce que, tout de même, il est de la famille, et se montre fidèle.

« Si la tante ne fait pas souvent la Une des journaux et n’est pas hyper active sur les réseaux sociaux, elle prend soudainement – et à tort – la parole quand il s’agit d’aller défendre un ancien garde du corps aux 1001 casquettes »

Ensuite, je demande la fille. Marlène est une jeune femme intelligente, combative et déterminée. Mais quand la facilité lui fait coucou, elle ne résiste pas. Comme toute personne qui a obtenu un tant soit peu de pouvoir, elle commet un inexorable faux pas. Ecrire son livre et le faire publier est le rêve de milliers de Français. Quand on est ministre, il s’agit d’un jeu d’enfant. Ecrire son livre et utiliser son ministère pour en faire la promotion, voilà qui est plus problématique. Déjà car c’est illégal. Ensuite car nous, peuple crédule, pensons que les ministres ont un peu le devoir de montrer l’exemple et d’être les plus irréprochables possible.

Quand la fille fait une grosse boulette, la famille resserre les rangs. On plaide l’erreur de bonne foi. La fille est jeune, elle ne « savait pas », pardonnons cette faiblesse due à une méconnaissance. La famille n’est pas loin de la faire passer pour une gentille idiote pour la couvrir. Le « nul n’est censé ignorer la loi » passe à la trappe. La fille, on lui pardonne car elle représente l’avenir, qu’on a une tendresse particulière pour elle, pour ses incartades, ses faux pas. On confond son humanisme avec un caractère profondément idéologisé et on s’enorgueillit qu’elle sache jouer la mère-la-morale, c’est-à-dire faire des leçons d’éducation aux faibles d’esprit sur les réseaux sociaux.

« La fille, on lui pardonne car elle est notre avenir, qu’on a une tendresse particulière pour elle, pour ses incartades, ses faux pas. On confond son humanisme avec un caractère profondément idéologisé »

Vient le tour de la tante. Nicole est juriste et universitaire, qui plus est ministre de la Justice. A priori, on pense qu’elle maîtrise les grands principes qui régissent notre système. Mais la séparation des pouvoirs ? Elle n’en fait pas grand cas. En effet, si la tante ne fait pas souvent la Une des journaux et n’est pas hyper active sur les réseaux sociaux, elle prend soudainement – et à tort – la parole quand il s’agit d’aller défendre un ancien garde du corps aux 1001 casquettes. Elle n’avait pas à s’exprimer sur l’affaire Benalla, encore moins à donner son opinion mais elle le fait. Là encore, erreur de bonne foi ? On en doute fortement.

Alors, je pense naïvement remonter le niveau avec la Culture. La cousine Françoise est cultivée, elle connait son sujet, elle. L’amour des belles lettres, le frisson d’une phrase bien tournée, d’une écriture charnelle et passionnée, tout ça lui parle car elle est éditrice. Elle redevient néanmoins plus terre-à-terre quand il s’agit de dissimuler des travaux dans son appartement de fonction. Oups. Que n’importe quel citoyen lambda décide d’agrandir son chez-soi et il devra passer par une série d’épreuves dignes de Fort Boyard.

En orbite autour du couple central 

Puis je demande le couple central, autour duquel tourne en orbite l’ensemble de la famille. La mère est la coqueluche des magazines féminins qui voient en elle le comble de l’élégance de la liberté, du bon goût, de l’indépendance féminine. Les qualités requises pour être une femme digne d’intérêt. Avec son mari, ils forment ce qu’on appelle un couple powerful, un couple fusionnel qui peut abattre des montagnes. Surtout si leurs adversaires se trouvent au sommet. Surtout le père. Fringuant quadra, il a réussi ce que personne ou presque ne réussit jamais dans une famille : il est président de la République. Sous un sourire amical, il cache une poigne de fer et une vision extrêmement verticale du pouvoir et de la gérance de sa famille. Il est le maître et le plus écouté. Il croit d’ailleurs être au-dessus des lois humaines. Il faut dire que ces dernières sont tellement barbantes, dans une démocratie.  Il cache, dissimule, couvre, donne des passe-droits, sa clé du Touquet, confie 150 missions à un garde du corps.

« C’est le fils, capricieux, dédaigneux, borné, l’adolescent de la famille qu’on a envie de baffer, qui ne respecte rien ni personne, qui cogne quand il est en colère, qui aime se déguiser pour jouer au gendarme, qui se moque éperdument de la loi et des institutions »

Ce dernier est accusé d’une liste de faits délictueux aussi nombreux que les casseroles de Charles Pasqua. C’est le fils capricieux, dédaigneux, borné, l’adolescent de la famille qu’on a envie de baffer, qui ne respecte rien ni personne, qui cogne quand il est en colère, qui aime se déguiser pour jouer au gendarme, qui lui aussi se moque éperdument de la loi et des institutions puisqu’il pense faire une faveur au Sénat en acceptant, « contraint », de se présenter devant la Commission. Tout ça alors qu’il n’avait juste pas le choix, qu’il s’agissait d’une obligation face à laquelle il n’avait pas son mot à dire.

Son père, le plus puissant, le défend coûte que coûte, même s’il a dû l’éloigner de la famille pour sauver les apparences. Il faisait trop « mauvais genre ». Le père porte un regard émerveillé sur son fiston « au sang chaud ». Et toute la famille le soutient car il est le petit dernier, le jeune rebelle qui fait ses griffes et à qui on pardonne tout. Ou pour quelque autre obscure raison inconnue du grand public ? Suspens. « On n’est pas sérieux quand on a 27 ans »… Le père va même jusqu’à téléphoner au président du Sénat pour le gronder. On ne s’attaque pas ainsi à son rejeton, quel toupet ! Bien sûr, le père n’a pas le droit de s’exprimer, pas le droit de bafouer la séparation des pouvoirs. C’est lui le plus coupable de tous et pourtant il gardera sa place. Les loups alpha ne cèdent jamais un iota de terrain.

Autour de la famille, enfin, on trouve les amis ou les admirateurs non-secrets. Ceux qui enfilent leur tenue de Zorro et tirent leur épée dès l’aurore pour défendre la famille LREM. Il y a par exemple le journaliste zélé, enrubanné dans son écharpe écarlate, qui s’en prend ouvertement au président de la Commission d’enquête. Ce dernier est « prêt à aller jusqu’au bout » et même à user de la puissance d’un huissier pour traîner le mauvais fils devant les sénateurs. Cet homme-là, on ne la lui fait pas. Lui aussi c’est un alpha. Il ne reculera pas, même si la famille entière débarque chez lui armée de torches et de fourches.

« Poudre de perlimpinpin »

Le couple central va même jusqu’à pousser sa « branchitude » à ouvrir une boutique éphémère made in Elysée. Pour promouvoir des produits locaux qui feront vivre des artisans ? Non des mugs et autres babioles à l’effigie du Président dans l’enceinte d’un bâtiment censé représenter les plus hautes fonctions d’un Etat et qui doit être empreint d’une dignité solennelle. Les fans du couple pourront donc, après réservation, se procurer une tasse ou un tee-shirt floqué des « célèbres » citation du président de la République… comme dans les boutiques à touristes où des centaines de curieux viennent acquérir un objet sans valeur reproduit à des milliers d’exemplaires, avec l’intime conviction de ramener un morceau de France dans leur sac. On n’est pas loin du culte de la personnalité.

Bref, on ne s’ennuie jamais avec ce genre de famille. Mais c’est celle qu’on regrette d’avoir chez soi.

A part ça, gardez le cap et les yeux ouverts.

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