L’appel du 18 juin : mythe et réalité

L’appel du 18 juin du général De Gaulle est considéré comme l’acte de lancement de la Résistance française pour le restant du conflit. C’est surtout un symbole qui vise, à un moment dramatique de la campagne de France à inciter militaires et civils à poursuivre le combat, par tous les moyens qui soient. C’est le symbole qui a été retenu et c’est naturellement celui qui est entré dans l’Histoire. Toutefois, la réalité de son impact est sensiblement différente. Recontextualisation.

En juin 1940, les armées françaises et britanniques sont à la limite de l’anéantissement et la débâcle ne fait plus beaucoup de doute sur le territoire national. Ce n’exclut pas cependant que des lignes de résistance existent encore et que des milliers d’hommes sur terre et dans les airs tentent de contenir, avec courage, l’invasion. Les combats se poursuivent durement mais les armées alliées n’ont pas, ou plus les moyens de stopper l’adversaire. Le font, une première fois enfoncé fin mai, a craqué de nouveau le 6 juin sous les coups de la seconde offensive majeure allemande. Si sur le terrain, au prix de pertes immenses et de sacrifices douloureux l’esprit des troupes est encore à la lutte, il apparaît qu’en hauts lieux, tant politiques que militaires, deux « camps », deux courants de pensée se dessinent quant à la conduite à tenir.

Le 14 juin, Paris est évacuée et déclarée ville ouverte, tandis que le maréchal Pétain, vieux soldat et « vainqueur » de Verdun en 1916 et en qui le gouvernement a placé beaucoup d’espoir est rappelé à la tête de la Nation. Aussi, le camp des « pessimistes », soutenant qu’un armistice est inéluctable devient majoritaire, le 17 juin le maréchal Pétain s’entretient avec l’ennemi afin de faire cesser le combat.

« Le général De Gaulle a été chargé par le gouvernement français d’étudier avec l’allié britannique les conditions de poursuite des combats, et c’est dans cette optique qu’il est envoyé depuis Bordeaux à Londres. »

Entre temps, le général De Gaulle a été chargé par le gouvernement français d’étudier avec l’allié britannique les conditions de poursuite des combats, et c’est dans cette optique qu’il est envoyé depuis Bordeaux à Londres. De Gaulle avait intégré précédemment le gouvernement français en qualité de sous-secrétaire d’Etat à la Guerre et à la Défense. Toutefois il ne faut pas oublier que ce Saint-Cyrien était encore, quelques jours auparavant à la tête de la 4e DCR (Division Cuirassé de Réserve) en tant que Colonel, et que sa nomination au rang de général, récente, ne l’est qu’à titre temporaire. Il s’est illustré avec sa division blindée fin mai, en menant une contre-attaque efficace, grâce à son sens de la manœuvre militaire moderne. Son esprit combatif et sa stratégie n’ont pu malheureusement compenser les défauts logistique de toute une armée. Son action, si héroïque soit elle, n’a eu que peu d’influence sur le plan stratégique.

Le message peu entendu d’un général inconnu

Aussi, au 18 juin 1940, Charles de Gaulle est un général inconnu des formations militaires, et plus encore des civils. Par ailleurs son message n’a qu’une portée limitée car il est très peu entendu. En effet, le 18 juin, civils et soldats français n’ont pas l’oreille collée au poste. Les seconds se trouvent soit au combat, soit en plein repli, et dans les deux cas dans de très mauvaises conditions. Quant aux premiers, ils sont souvent en plein exode et de fait privés de tout accès à la radio. Pour les plus chanceux – n’oublions pas que la France est très rurale en 1940 –  ils sont souvent accaparés dans les champs car la saison les rapproche des moissons. Enfin, tout comme aujourd’hui, la population française de 1940 n’a pas vocation à écouter le BBC, radio anglaise sur laquelle est lancé l’appel du Général de Gaulle. De fait, l’appel du 18 juin est beaucoup moins entendu et capté que ce qui a été dit et retenu.

Qui plus est, il ne correspond pas à la réaction naturelle des soldats se trouvant en France. En effet, les unités françaises, quoique relativement éprouvées par les combats s’inscrivent dans une logique de poursuite du conflit. Rejoindre l’Angleterre est certes une option possible, mais pas la plus évidente. Au fur et à mesure des replis successifs, celle-ci s’éloigne du front qui tend à emmener les forces françaises au Sud, poussées par l’avance allemande. Par ailleurs, les états-majors ont initié un mouvement de repli vers l’Afrique du Nord qui fait partie de l’Empire colonial français et de grands espoirs sont fondés, à tous les niveaux de l’Armée pour poursuivre la lutte depuis les colonies. De nombreux témoignages reflètent cette intention, et l’envie des soldats de poursuivre un combat qu’ils n’estiment pas avoir perdu.

« Le 18 juin, civils et soldats français n’ont pas l’oreille collée au poste. Les seconds se trouvent soit au combat, soit en plein repli. Quant aux premiers, ils sont souvent en plein exode et de fait privés de tout accès à la radio »

L’appel du 18 juin ne rencontre ainsi que peu d’auditoire et est très peu suivi. Toutefois, il pose les bases pour la poursuite de la lutte et sera un acte de référence plus tard dans la guerre pour inciter les soldats français à rejoindre la France Libre. Il ne faut pas lui enlever son importance qui est capitale, mais comprendre que ce message n’a produit d’effet que dans le temps, mais pas immédiatement. Par ailleurs il a été desservi par un événement dramatique survenu quelques jours plus tard. Le 4 juillet 1940, après un ultimatum lui intimant de se rendre, la flotte anglaise bombarde le flotte française prise au piège de la rade de Mers el Kébir, coulant plusieurs bâtiments et faisant plus de mille morts. Cette tragédie a privé les Forces Françaises Libres de nombreux ralliements, qu’ils soient spontanés ou de masse comme celui de plusieurs navres de la Marine.

 

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